Pour une Deuxième République Laïque, Démocratique et Populaire
Pourquoi une «Deuxième République» ?
Une deuxième République sera le signe d’une RUPTURE totale et définitive avec un passé douloureux pour tout notre peuple. Une RUPTURE également avec un régime despotique et totalitaire (deux dictateurs, à la tête d’un seul parti et issus d’une seule région “ le Sahel“ ) qui, cinquante cinq années durant, a réprimé, opprimé et exilé toutes les forces vives de ce pays.
Une 2ème République c’est aussi l’expression d’un ESPOIR et d’une VOLONTE pour l’édification d’un avenir meilleur pour l’ensemble des tunisiens , sur l’ensemble du territoire tunisien, fondé sur des principes universels et républicains : Justice - Egalité - Liberté - Démocratie Et Respect pour tous.
Pourquoi une république «LAÏQUE» ?
La laïcité n’est rien d’autre que l’exercice de la liberté religieuse, qui est droit constitutionnel pour chaque citoyen, une valeur fondamentale dans tout régime authentiquement démocratiques, et enfin consensus citoyen pour un vivre-ensemble dans le respect et la liberté.
La laïcité n’est certainement pas synonyme d’athéisme et d’incroyance.
Elle est simplement un espace citoyen de liberté, de respect et de coexistence pacifique entre les citoyens d’un seul et même pays.
Elle est enfin un principe républicain qui assure à tous les citoyens –y compris les étrangers- leur droit à choisir et pratique leur culte, dans le cadre de la loi.
En outre, elle consolide et affirme le caractère démocratique du régime politique, et consacre par la même, la séparation entre l’Etat (Sphère publique) et les religions (Sphère privée).
Autrement dit, dans l’espace public, l’Etat est neutre et c’est la loi Civile qui s’impose à tous. Personne ne peut se prévaloir de son appartenance ethnique ou religieuse.
En privé, chacun reste libre de pratiquer la religion de son choix ; d’être croyant, athée ou agnostique.
La France par exemple, pays qui était –et qui le demeure- à dominante chrétienne et catholique - a adopté le principe de la laïcité en 1905. Depuis, les français et les étrangers dans ce pays, coexistent pacifiquement, et ce, indépendamment de leur croyance ou non croyance, de leur origine ethnique ou de leur couleur de peau.
Ils sont tous égaux devant la loi. Celle de la République.
Deux pays musulmans au moins, ont eux aussi adopté la laïcité, qui préfigure au préambule de leurs Constitutions : ce sont la Turquie et l’Iraq de Saddam Hussein.
Enfin, par rapport à un pays comme le nôtre, l’adoption de la laïcité –qui devrait à mon sens figurer en bonne place dans la prochaine Constitution- ne pourra que :
- Consolider certains acquis du passé (le statut personnel par exemple) ;
- Nous permettre de mettre un pied dans l’Histoire et rejoindre ainsi le concert des nations démocratiques et civilisées.
- Protéger tel un rempart, notre pays et l’Islam tunisien connu pour sa tolérance et sa modération des amalgames que certains font à dessein ou par ignorance avec un Islamisme archaïque, obscurantiste et djihadiste.
Pourquoi une République «DEMOCRATIQUE» ?
République démocratique c’est pour marquer encore une fois un e RUPTURE avec les régimes dictatoriaux et tyranniques que notre Peuple a connu jusqu’à la Révolution .
République démocratique, cela veut dire aussi une RUPTURE avec toutes les souffrances endurées, toutes les inégalités et toutes les spoliations subies.
République démocratique aussi, pour mettre fin aux inégalités sociales pendant cinquante cinq ans, et aux traitements iniques et sélectifs entre les régions :
Prospérité, tourisme et investissements d’un côté (le Sahel et les côtes) ; Pauvreté, misère et dénuement de l’autre (les laissés-pour-compte de la Tunisie profonde).
République démocratique encore, parce que le Peuple n’a jamais accepté de s’être fait confisquer son indépendance et sa liberté en 1956, par un régime totalitaire, qui a fait main basse sur tous les pouvoirs et toutes les institutions.
République démocratique enfin, parce ce Peuple n’a jamais accepté ni digéré la domination tant politique qu’économique d’une seule et même région : le Sahel.
Aujourd’hui, Ce Peuple –qui a fait la Révolution- aspire à plus de dignité, de respect, et de démocratie à travers de nouvelles institutions démocratiques.
Il aspire aussi à plus de justice sociale, de développement socio-économique plus homogène, et à répartition plus équitable, plus équilibrée et plus égalitaire du revenu national.
Les Alternatives pour un Changement Démocratique :
Elles existent, et elles sont nombreuses. Dieu merci, notre pays regorge d’élites politiques, économiques et intellectuelles capables de faire des propositions pour des réformes fiables tant sur le plan politique qu’ économique.
Ce changement démocratique tant attendu et tant souhaité, ne pourra pas, à mon sens, se passer de certaines mesures et quelques étapes nécessaires :
1 – Mise en place d’une Assemblée Constituante :
Celle-ci, issue de la volonté populaire (la Révolution du 14 janvier2011), elle aura toutes les prérogatives, toute la légitimité et toute la souveraineté pour agir.
L’Assemblée Constituante doit être à l’image du pays. Elle doit être composée d’un nombre égal de représentants pour chaque gouvernorat (2 ou 3 délégués par exemple).
Sa mission sera double :
A -L’élaboration d’une nouvelle Constitution. C’est le volet le plus important du futur travail de cette Constituante. Car, c’est la Constitution (expression de la volonté populaire, née de notre Révolution) qui va doter ce pays de nouvelles Institutions démocratiques et énoncer les principes fondamentaux de la vie politique à venir dans notre pays.
Quelques exemples de ces principes fondamentaux :
>La séparation stricte des pouvoirs
>La séparation par rapport aux partis politiques et aux religions.
>L’indépendance totale du pouvoir judiciaire, notamment par rapport au pouvoir exécutif.
>L’adoption du pluralisme comme pilier de la vie politique
> Le respect absolu de la minorité parlementaire.
>La liberté de la Presse et de l’information.
>La liberté totale des mouvements associatif et syndical.
>La mise en place d’un Conseil Constitutionnel indépendant, surtout du pouvoir exécutif.
>Affirmer les libertés individuelles et collectives des citoyens : liberté d’opinion, d’expression, de réunion, etc.
Légitime et souveraine, rien n’empêchera la Constituante, de consulter et prendre en compte les propositions de la Commission des Réformes Politiques.
B - La préparation d’un référendum pour l’adoption de la nouvelle Constitution.
Cette mission prendra fin avec l‘adoption de la nouvelle Constitution.
2– Election d’un parlement :
Une fois la nouvelle Constitution adoptée, la prochaine étape consiste à élire le Parlement.
Une seule chambre suffirait amplement.
Pour être démocratiques, ces élections devraient être pluralistes, transparentes, et se dérouler sous le contrôle des partis en compétition, de simples citoyens volontaires et pourquoi pas –pour la 1er élection- d’organisations internationales.
3 – Election du Président de la République :
Pour la majorité des tunisiens, et pas seulement, le régime présidentiel est devenu synonyme de d’autocratie, d’absolutisme et de dictature. Ca suffit ! Basta !
Personnellement, je suis pour un régime parlementaire monocaméral.
Ce sont les élus du Peuple (la majorité parlementaire) qui auront la charge de désigner parmi leurs membres, le futur président de la république.
Son mandat sera de 4 ou 5 ans au plus (Selon ce qui a été adopté dans la nouvelle Constitution).
Le futur président sera de ce fait responsable devant le parlement, qui, le cas échéant, pourra le destituer
Le futur président de la République n’aura le droit qu’à DEUX mandats au cours de sa vie.
Pour se porter candidat à la présidence de la République, le postulant devra déclarer au Parlement ou au Conseil Constitutionnel tous ses biens mobiliers et immobiliers, ainsi que ceux des membres de ses proches, avant et à la fin de son mandat
Et pourquoi une République «POPULAIRE»?
Depuis l’indépendance de ce pays, les tunisiens n’ont connu de fait qu’un seul régime politique. Un régime de type monarchie-républicaine, où le président se comportait davantage comme un monarque de droit divin (président à vie, entre autre), qu’un président de la République élu démocratiquement au suffrage universel, pour un mandat prédéterminé.
L’avènement de la Révolution, a suscité une nouvelle légitimité. Une légitimité véritablement populaire, car elle émane de la volonté du Peuple souverain.
De plus, cette légitimité, a conféré aux tunisiens les attributs d’une authentique citoyenneté, qui les conduira, dans un avenir proche, à élire, pour la première fois, et sans triche et autres falsifications dont nous a habitués l’ancien régime, leur Président de la République.
A vrai dire, si cette République est surtout populaire, c’est grâce à la Révolution de la dignité et de la liberté qui lui a conféré cette légitimité authentiquement populaire.
Chédli Ben Messaoud
Militant de gauche
Paris.
Article paru dans "Le Quotidien"-Tunis le 10.02.2011