B.D.S. - Procès d'Olivia Zémor: la procureure refuse de requérir la condamnation.
Olivia Zémor est une universitaire française de confession juive, Présidente de l'Association Euro-Palestine et une ardente militante de la cause palestinienne. Elle ne cesse de faire l'objet de poursuites diverses et variées de la part d'associations sionistes pro-israéliennes. Le dernier procès qui lui a été intenté contre elle concerne son action pour le boycott des produits israeliens en Europe .
Ci-dessous le compte-rendu du procès BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) qui vient d'avoir lieu vendredi dernier à Paris.
Refusant de céder aux pressions gouvernementales, la procureure de la 17ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris s'en est remise à la sagesse des juges, dans le procès où Olivia Zémor, présidente de CAPJPO-EuroPalestine, était poursuivie pour avoir mis en ligne la vidéo d'une action de boycott d'Israël (BDS) conduite à Evry (Essonne) en juillet 2009. Le jugement sera rendu le 8 juillet prochain. Comme on le sait, le réquisitoire du procureur, représentant de l'accusation dans la salle, est un moment-clé de tout procès pénal. Dans la majorité des cas, le procureur, qui intervient vers la fin de l'audience, s'appuie en effet sur le dossier d'accusation, et demande aux juges de prononcer une peine, plus ou moins importante.
Mais les procès intentés aux militants de la campagne Boycott Israël (à Perpignan, Pontoise, Mulhouse, Bobigny, etc.), alors que des appels à boycott de la Chine, du Mexique, du Canada ou encore de la Birmanie sont proposés sans problème à l'opinion publique et aux consommateurs, n'existent en France que par la seule volonté du lobby israélien et de son odieux chantage à l'antisémitisme.
Ce n'est en effet que pour complaire à ce lobby (dont quatre officines, avec leurs avocats, étaient présentes vendredi sur les bancs de la partie civile), que le pouvoir politique français, à travers l'ex-ministre Michèle Alliot-Marie (dégagée du gouvernement il y a quelques mois à cause de ses liaisons douteuses avec le régime du dictateur tunisien Ben Ali), a engagé des poursuites contre les militants BDS depuis 2010.
Mais la magistrature n'est heureusement pas uniquement composée d'auxiliaires serviles de la volonté gouvernementale, et on a pu vérifier vendredi qu'il y a encore dans ce pays des esprits indépendants, y compris dans ce qu'on appelle la « magistrature debout » (les représentants de l'accusation, par opposition aux juges proprement dits, qui forment la « magistrature assise »). Autrement dit, des gens qui continuent de penser que tout accusé a droit à un procès équitable, et qui entendent se forger une opinion par eux-mêmes, après avoir vu les pièces et entendu les débats.
La très courte déclaration de la procureure, qui a indiqué que le Parquet de Paris ne suivait pas les instructions de la chancellerie et ne demandait aucune condamnation contre l'accusée malgré les menaces à peine voilées proférées à l'audience par le lobbyiste israélien Goldnadel- fut donc l'un des temps forts d'une audience par ailleurs passionnante en tous points.
Ne cachant pas leur intérêt pour ce qui promettait d'être le premier débat de fond sur la campagne de boycott d'Israël devant une cour de justice, conscient aussi de la mobilisation suscitée par la scandaleuse poursuite à l'encontre d'Olivia, le président du tribunal et ses deux assesseurs s'étaient préparés à une séance longue. De fait, commencée à 15h30, la séance ne fut levée qu'à 1 h du matin, après le passage du dernier métro !
Nous n'avons pas été déçus, en tout cas les 150 d'entre nous qui avaient réussi à trouver une place dans la salle, tandis que des dizaines d'autres sympathisants de la cause du peuple palestinien étaient contraints d'attendre devant la porte qu'une petite place se libère pour pouvoir entrer à leur tour.
Près de 300 personnes, dont une grande partie de la première à la dernière minute, se sont mobilisées vendredi en défense d'Olivia. Jeunes ou vieux, franciliens, provinciaux et belges levés de bonne heure, ces hommes et ces femmes forçaient le respect de la cour par leur calme, leur détermination, leur extrême attention surtout, malgré la durée et la chaleur estivale. Qu'ils en soient ici remerciés de tout coeur.
Félicitations et remerciements aussi aux 9 témoins de la défense, venus parfois de loin, et privés d'une bonne partie des débats puisque, règlement oblige, les témoins sont « enfermés » dans une salle annexe tant qu'ils nont pas eux-mêmes été appelés à déposer à la barre.
La sénatrice Alima Boumediene-Thiery, autre cible privilégiée du lobby sioniste et du gouvernement de Sarkozy (une première poursuite ayant été déclarée nulle par le tribunal de Pontoise, Alima est néanmoins reconvoquée par la police judiciaire !) rendit compte de lémotion soulevée par ces atteintes à la liberté dexpression y compris dans les milieux parlementaires. Elle informa le tribunal de la pétition signée en sa faveur par des centaines de députés et sénateurs, y compris délus appartenant à la majorité. Elle rappela également quen qualité de députée au parlement européen, elle fut linitiatrice de la résolution adoptée le 10 avril 2002, exigeant la suspension des privilèges accordés par lUnion européenne à Israël, résolution que les gouvernements dont le gouvernement français, cela va sans dire- refusèrent anti-démocratiquement de mettre en uvre. Dès lors que les gouvernements refusent dappliquer le droit, de quels autres moyens, sinon le boycott, les citoyens disposent-ils ?, demanda-t-elle au tribunal.
Alain Krivine, ancien député européen, lui aussi, et animateur historique de la LCR et désormais du NPA, revendiqua sa part de responsabilité dans laction à lhypermarché Carrefour dEvry, dont la vidéo fut pareillement mise en ligne sur le site internet de son parti. Taquin, il fit également remarquer au tribunal que le NPA, dans les professions de foi de ses candidats aux élections européennes de 2009, sétait prononcé noir sur blanc pour le boycott dIsraël , tant que cet Etat ne respecterait pas les droits élémentaires du peuple palestinien. Petite précision : de tels documents électoraux sont de par la loi préalablement visés par les services du ministère de lIntérieur, qui a la faculté de censurer des textes comportant des mentions illégales, incitant à la discrimination raciale pour prendre un exemple « au hasard ». Il nen avait rien été, et les rotatives du NPA imprimèrent tranquillement la bagatelle de 90 millions de ces professions de foi, routées ensuite aux électeurs aux frais de lEtat, comme prévu par la loi !
Ghislain Poissonnier, magistrat professionnel actuellement en disponibilité, détaché un temps auprès du CICR (Comité International de la Croix-Rouge) en Cisjordanie occupée, exposa synthétiquement le contenu dune note sur la licéité du boycott, quil a publiée récemment dans un recueil du Dalloz, la « Bible » française en matière de doctrine juridique. Il insista en outre sur les obligations de lEtat français lui imposant, en droit, de prendre des sanctions contre les personnes ou Etats violant le droit international, ce qui est le cas dIsraël au regard dune série de textes, à commencer par les Conventions de Genève.
Le Professeur de droit Géraud de la Pradelle, avant-dernier des neuf témoins cités par la défense, expliqua le contenu et la portée des Conventions de Genève, ainsi que celui du jugement délivré par la Cour Internationale de Justice qui, le 9 juillet 2004 à La Haye (Pays-Bas), condamna à lunanimité (moins la voix du représentant israélien) la construction du mur de lannexion en Cisjordanie. « Une très large majorité, dans la communauté des juristes internationaux, ne comprennent pas pourquoi Israël, malgré les nombreuses résolutions condamnant ses actions, échappe à toute sanction », résuma-t-il.
Enfin, Mgr Jacques Gaillot, 75 ans (« je suis né en 1935, un 11 septembre si vous voulez tout savoir ») réaffirma son soutien à la campagne de boycott, et plus généralement son propre combat pour que le peuple palestinien obtienne justice et liberté.
La difficulté, cest que le terrain dactivité privilégié par les officines sionistes, ce nest pas le débat public, mais les pressions, dans le cadre dentretiens privés, sur les responsables politiques, voire judiciaires. Alors, quand ils arrivent au tribunal, convaincus que cest déjà « dans la poche » puisquils ont léchelon politique avec eux, ils ont tendance à penser que létalage de leur arrogance sera suffisant, laudience nétant de leur point de vue quune formalité. Doù une succession de propos, tantôt injurieux, tantôt aberrants (une pensée particulière, ici, pour Markowicz, qui a tenté de semer le doute sur la réalité du calvaire vécu par Hajo Meyer sous le nazisme ; Markowicz avait déjà fait le coup à Bordeaux face à notre ami Maurice Rajsfus, autre rescapé du génocide). On retiendra aussi des parties civiles leur gloutonnerie, ou plus sérieusement dit, leur volonté de frapper CAPJPO-EuroPalestine au portefeuille : chacune de ces associations demande ainsi de 10.000 à 15.000 € de dommages et intérêts, et plus 3.000 à 4000 € par avocat pour « frais de justice » (soit plus de 50.000 euros au total !!).
A noter, enfin, au chapitre des parties civiles, ce moment ubuesque où Goldnadel, conscient de la faiblesse de son propre talent oratoire, se lança dans la lecture des élucubrations du nommé Taguieff, un pseudo-chercheur, pape auto-proclamé de « la nouvelle judéophobie », celle des « islamo-gauchistes » sentend.
Les plaidoiries des trois avocats de la défense ont été dun tout autre niveau, démontant point par point les mensonges de la partie adverse, mais aussi le rôle peu reluisant de lEtat français dans cette affaire.
Me. Henri Choukroun a notamment démontré le caractère parfaitement raciste et ségrégationniste de lEtat dIsraël, qui ne se gêne pas de son côté pour appeler au boycott de nations et de firmes dès quelles refusent dadhérer à sa politique. Il a également souligné les lettres de noblesse du boycott dans lhistoire.
Me Dominique Cochain a magistralement envoyé dans les cordes les avocats de la partie civile en démontrant leurs liens avec lextrême-droite et des personnalités fascistes. Elle a expliqué à tous ceux qui font semblant de sétonner de lempathie dont jouit le peuple palestinien, que si de nombreux autres peuples sont victimes dinjustices et comptent parfois davantage de morts et de blessés, seul le peuple palestinien subit lextraordinaire déni du statut de victimes, puisque il est bon ton de le présenter régulièrement comme le responsable de tous les maux et tous les crimes de guerre dont il souffre.
Me Antoine Comte, dans une plaidoirie qui restera sans doute dans les annales, a donné un cours de droit aux parties civiles qui sappuient sur la méthode coué pour affirmer que le boycott est illégal en France, mélangeant pommes et poires, produits et personnes, droit de la presse et droit économique.... Eh bien, cest faux, a-t-il démontré, la boycott pour des raisons politiques et morales nest pas illégal. Et la France devient la risée de toute lEurope en appelant à la condamnation des femmes et des hommes qui appellent à boycotter Israel, et uniquement Israël. Tout comme la chancellerie se ridiculise en entamant des poursuites uniquement contre Olivia Zémor, alors quune dizaine dautres organisations ont participé à laction incriminée, lont revendiquée, et lont publiée sur de nombreux sites.
Il sétait au préalable indigné de la rédaction de la citation à comparaître par cette même chancellerie, qui accusait la présidente de CAPJPO-EuroPalestine du délit de discrimination envers des personnes, alors même que le ministère public se permettait une expression racialiste dans lénoncé de laccusation, en visant notamment "une femme de type nord-africain" pour ses propos dans la vidéo dEvry.
Enfin, laccusée elle-même, guère impressionnée par les calomnies et le terrorisme moral des Goldnadel et autres Markowicz, a contribué a retourner la situation, en faisant de ce procès, non pas celui du boycott dIsraël, mais bien celui de lEtat dIsraël et de lEtat français pour sa collaboration avec des criminels de guerre.
PS: Pour plus d'info. sur BDS voir site web: http//www.bdsfrance.org/